Ce blog vous proposera chaque jour de partager l'expérience des 7 journalistes "d'Alleurs" (Cambodge, Cameroun, Congo, Haïti, Liban, Madagascar) pendant leur semaine de reportages en Suisse. Différences, points communs, étonnements, inspirations, déceptions: quelles seront leurs réactions face à la société helvétique? Comment leurs pratiques professionnelles s'adapteront-elles à celles de leurs collègues suisses? Que retiendront-ils de ce séjour, une fois rentrés dans leurs pays respectifs? C'est à suivre ici...
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Rédaction et mise à jour : Mathieu Henderson avec le Comité éditorial d’EQDA
jeudi, août 18 2011
"Madame montre" se met au rythme haïtien
le jeudi, août 18 2011, 15:43
mardi, mai 31 2011
Il se prénommera Léman en souvenir d’EQDA 2011
le mardi, mai 31 2011, 13:36
« Leman ». C’est le prénom qu’a donné le journaliste cambodgien Delux Leang a son second fils , en souvenir de son voyage entre Genève et Lausanne dans le cadre d’EQDA 2011.
La cigogne est arrivée trop tôt. Le petit garçon de Delux Leang a en effet pointé le bout de son né quelques heures avant que son papa ne rentre au Cambodge : « Il est né lors mon embarquement à l’aéroport parisien Charles De Gaulle », précise Delux. Si lui et sa femme ont choisi le prénom « Leman », c’est en hommage à la Suisse : « J ai voulu lui donner un prénom qui faisait allusion à la Suisse, car il est né durant mon voyage dans ce pays. Du coup, j ai pensé à le nommer « Laussane » ou « Leman ». Ma femme m’a dit que « Laussane » était plus joli pour une fille. Je pense donc appeler mon fils « Leman ». Reste à savoir si le couple aura une petite « Lausanne » un jour…

lundi, mai 30 2011
Un voyage qui se termine au Port de Vidy
le lundi, mai 30 2011, 11:15
Après une semaine passée en Suisse, il est temps pour les journalistes « d’ailleurs » de regagner leur pays. En guise de conclusion, les participants se sont retrouvés au Port de Vidy à Lausanne pour partager un apéritif et un repas d’adieu.
Malgré le vent, les nuages et le froid, l’ambiance est bonne. Chacun est content de sa semaine et des nouvelles expériences vécues. L’idée de retrouver les siens en réjouit aussi quelques-uns : « Je suis content de retrouver ma famille », s’exclame Lucien Jura (Radio Signal FM) qui prendra l’avion pour Haïti le lendemain. Pas de tristesse donc en quittant notre pays ? « C’est surtout le fait de savoir que Haïti n’a pas le confort de la Suisse qui m’attriste. Nous avons encore beaucoup de choses à faire avant d’arriver à ce niveau », explique-t-il en faisant allusion au tremblement de terre de l’année dernière.
« Mon pays a encore besoin de moi »
« Mon pays a encore besoin de moi », rigole Mamy Andriatiana (Syfia International) de Madagascar. Il ajoute plus sérieusement : « Je sais que je ne suis qu’une goutte d’eau dans la mer, mais j’aimerais faire avancer les choses chez moi ». Que retient-il de son séjour en Suisse ? « Le fait qu’un pays doit son développement à son histoire. Si la Suisse a gagné la partie contre la pauvreté, c’est parce qu’elle se bat depuis longtemps pour l’éradiquer. J’aimerais que certaines choses changent dans mon pays, mais je me rends compte que rien ne pourra être fait du jour au lendemain, il faudra du temps. Je retiens aussi de votre pays le fait que la dignité des gens démunis est respectée. J’ai vraiment été touché par le travail de Tables Suisses qui redistribue le surplus alimentaires des supermarchés aux centres d’accueil ».
Au revoir Madame « Montre »
le lundi, mai 30 2011, 11:13
Madame « Montre ». Après une semaine passée avec Delphine Bulliard (Radio Fribourg), c’est comme ça que le Haïtien Lucien Jura (Radio Signal FM) s’est résolu à surnommer sa partenaire.
« Delphine a toujours les yeux collés sur l’horloge », rigole Lucien Jura. « A chacun de nos rendez-vous avec nos interlocuteurs, elle tenait à ce qu’on soit toujours sur place avec 5 minutes d’avance ». Pas facile à suivre pour le Haïtien : « C’était difficile parce que je ne suis pas habitué à des pratiques horaires rigoureuses ». Des pratiques qu’il compte ramener chez lui : « Je lui suis très reconnaissant, car sans elle, nous n’aurions peut-être pas bouclé notre programme dans les temps. C’est une des choses que je vais rapporter à Haïti pour ma vie professionnelle. »
"Le Français de Suisse m'a un peu dérouté parfois"
le lundi, mai 30 2011, 11:01
Pas facile de comprendre les chiffres suisses ! C’est ce qu’a constaté le Camerounais Mohamadou Houmfa du journal Emergence en arrivant à la caisse pour payer son ordinateur.
« C'est drôle comme les gens comptent en Suisse. En allant m'acheter un mini ordinateur l'autre jour, le vendeur m'a donné un prix qui m'a quelque peu...étonné. Il m'a parlé de "deux cents septante". En fait, je me suis rendu compte qu'en Suisse, les mots et certains chiffres ne se disent pas toujours de la même manière qu'au Cameroun. Par exemple, le "soixante-dix" se dit ici "septante". Vous imaginez un peu l'étranger qui n'a jamais entendu cela entendre "ça va vous coûter deux cent septante" ou alors "vous devez payer nonante" francs ? J'ai presque écarquillé mes yeux en attendant cela. Pour les trois premières fois, je me suis juste fié à la première lettre pour imaginer ce que signifiait le chiffre prononcé. Quand j'ai entendu prononcer "septante", je me suis fié au "s" en m’imaginant que c'était 7. Quand c'était "nonante", je me suis fié au "N" en m’imaginant que c'était 9. Heureusement, ça a marché pour moi à chaque fois. »
« Les vendeurs m’auraient aisément soutiré quelques francs »
Raisonnant comme chez lui, Mohamadou Houmfa se dit que si les vendeurs étaient malhonnêtes et s'étaient rendus compte qu'il ne savait rien de cette numérotation, ils lui auraient « aisément soutiré quelques francs sans que je ne proteste ». Il continue: « Apparemment, cette numérotation ne gêne personne ici. Mon partenaire Gustavo Kuhn (La Tribune de Genève) trouve même que "ce n'est pas logique de dire soixante-dix". Un débat que je n'ai pas vraiment soulevé car, c'est juste une question d'habitude. J'imagine un peu un Suisse au Cameroun en train de dire : "je suis prêt à vous payer nonante francs" à un taximan. Je rigole à l'avance de la tête que fera mon compatriote.»
vendredi, mai 27 2011
Spécialités culinaires et embouteillages
le vendredi, mai 27 2011, 09:46
Martine Salomon de l’ATS, en tandem avec la journaliste libanaise Nada Merhi du quotidien L’Orient – Le Jour, découvre les spécialités culinaires du Liban. Elle exprime aussi leurs débâcles sur les routes.
« En reportage jeudi à Genève, je salive devant les rayons des épiceries libanaises: «Mais y a quoi dans tous ces sacs ? » « Certaines légumineuses se déclinent dans plusieurs variétés, de quoi préparer au total plusieurs dizaines de plats. » Nada me dresse la délicieuse liste des mets qu’elle me fera goûter au Liban cet été. «Et en Suisse, quelles sont vos spécialités culinaires ? ». «.....» (je n’ose évoquer la fondue car je sens que c’est hors sujet). »
La voiture, c’est l’indépendance
« Après le débat de lundi sur les réglementations dont s'encadrent les Suisses, la voiture suscite maintenant une discussion sur la liberté des choix individuels. Après une journée à déplacer la voiture toutes les 90 minutes de parking en parking, suivie d'un embouteillage sur l'autoroute, je fais part de ma gêne à Nada: "Tu trouves que j'utilise trop ma voiture ? Tous ces enquiquinements sont sans doute survenus pour me convaincre d'apprendre à la lâcher de temps en temps. D'ailleurs ici les gens regardent de travers les automobilistes et préconisent le train...". Nada balaie ces doutes d'un revers de main: "Indépendance ! C'est le maître mot. Je fais pareil. Et au Liban, nous sommes toujours en voiture. Il faut dire que les transports publics ne sont pas au top."
Phénomène intéressant, la tendance s'inverse: je me relâche au volant (oubli de disque en zone bleue, excès de vitesse), et c'est Nada qui me rappelle à l'ordre. »
Une fin en vin et fromages
« Reste que notre niveau d'essence, déjà à zéro au départ de Genève, commence à nous inquiéter sérieusement après une heure d'embouteillage. Nous nous extirpons de l'autoroute et sommes sauvées par... Aglaé qui nous signale une station-service. Exténuées et affamées, nous concluons notre dernière soirée à Neuchâtel sur mon balcon, à refaire le monde en dégustant vin et fromages de ma région. »
On the road again
le vendredi, mai 27 2011, 09:44
Martine Salomon de l’ATS et sa partenaire libanaise Nada Merhi du quotidien L’Orient – Le Jour sillonnent la Suisse en compagnie de leur guide Aglaé.
« Nous ne sommes pas un tandem. Nous sommes un trio : Nada, moi et... Aglaé. C’est ainsi que nous l'avons nommée, la voix pincée du navigateur qui nous guide à travers les routes suisses. En une semaine, Nada sera allée à Lausanne, Neuchâtel, Zurich, Genève et Berne !
"Veuillez tourner légèrement à droite". (Nada: "ça veut rien dire, "légèrement" à droite !") "A 150 mètres, tournez à gauche dans la rue xvdtierhfhdfjefherf". (Nada: "La rue quoi ?")
Certes, toute Suissesse que je suis, je n'obéis quand même pas aveuglément à "la voix" quand elle dit de tourner à gauche alors qu'il y a un talus ou un sens interdit. Mais il y a parfois des détours inattendus pour avoir mal compris Aglaé - l'occasion de mener Nada en balade involontaire mercredi dans un village bucolique proche de Zurich, alors que nous avons rendez-vous à l'aéroport. »
« Röstigrab-quoi ? »
« Nous sommes donc en terrain alémanique: entretien et visite avec un responsable des Douanes à l'aéroport de Zurich. Je préviens Nada que je m'imagine un monsieur austère, et un reportage compliqué si je dois me lancer dans la traduction simultanée. Mais il nous dit parler "un peu" le français...et finalement nous explique tout parfaitement dans notre langue, avec patience et bienveillance: quelle classe ! Röstigrab-quoi ? »
Genève : bonne pour ses piétons, mauvaise pour ses travaux
le vendredi, mai 27 2011, 09:41
Tous les deux basé à Genève cette semaine, Mohamadou Houmfa du journal camerounais Emergence et Delux Leang du journal cambodgien Le Quotidien Khmer relèvent chacun un aspect de la Cité de Calvin. Tandis que l’un partage son sentiment de sécurité en tant que piéton, l’autre exprime sa déception.
« Je suis agréablement surpris de constater que les automobilistes sont très respectueux des piétons, explique le Camerounais. En effet, j’ai toujours tendance à céder le passage aux automobilistes lorsque je les vois foncer. Bien sûr, il s’agit des endroits ou il n’y a pas les feux de signalisation. Cette habitude me vient du Cameroun ou les conducteurs se croient tout permis. Plusieurs fois a Genève, je me suis arrêté et, j’ai même rebrousse chemin en voyant une voiture venir à vive allure. A chaque fois, si ce n’est mon partenaire Gustavo Kuhn (Tribune de Genève) qui m’a demandé de passer sans crainte, c’est l’automobiliste qui m’a fait signe de la main pour me demander de passer. C’est vraiment bien tout cela. C’est un sens de la discipline qui me touche énormément. J’espère voir cela au Cameroun un jour. »
« Ce n'est pas la Genève de mes rêves »
« Je m'attendais à voir une Genève, belle, en ordre et propre. Mais dès mon arrivée, j'ai constaté qu'il y avait des travaux partout dans les rues. Franchement, ça me gêne », explique le Cambodgien Delux Leang. Et d’ajouter : « Je m'attendais aussi à ce qu'elle soit grande, or elle est toute petite. Ce n'est pas du tout la Genève de mes rêves ». Il insiste pourtant: « Par contre dans les endroits où il n y a pas de travaux, comme les zones au bord du lac, je trouve que c'est hyper joli, magnifique même ».
A pays multinational, argent multicouleur
Au niveau national, Delux Leang se dit de plus en plus surpris par une Suisse multiple : « Je me suis rendu compte qu’il y avait trois Suisses : la Romandie, la partie alémanique et le Tessin. Le fait est que les gens d’un même pays ne se comprennent pas entre eux J’ai vraiment de la peine à saisir comment un pays peut être aussi pluriel, avec des habitants ne se comprenant pas entre eux. Au Cambodge, il existe des minorités ethniques, mais la plupart de la population fait partie de la même « race » et tout le monde est bouddhiste ».
Il est également étonné de voir que les Suisses sont également confrontés à la petite criminalité : « Carole Vann (Infosud) m’ a conseillé de faire très attention à mon portefeuille et à mon sac à cause des risques de vol. C’est un bon conseil, mais je me demande pourquoi en Suisse, un pays où j’ai l’impression que tout le monde est riche, ce risque existe ».
Mohamadou emballé
le vendredi, mai 27 2011, 09:35
Très enthousiasmé, Mohamadou Houmfa, du journal camerounais Emergence témoigne de son expérience avec les interlocuteurs suisses.
« La plupart des sources d’information que j’avais l’intention d’interviewer m’ont répondu avec courtoisie et diligence. Tout cela m’a vraiment plu. En réalité, je n’ai pas l’habitude de voir les gens parler à la presse de cette manière. En dehors d’un certain Youssof – que je soupçonne d’ailleurs d’être un Africain – toutes mes sources que j’ai contactées par téléphone ou par mail m’ont soit répondu favorablement, soit assuré qu’elles avaient l’intention de le faire. J’ai encore été un peu plus surpris de voir comment le secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO) m’a répondu. »
Prière de patienter…
« Au Cameroun, l’administration est lourde et hiérarchisée à tel point que lorsque vous passez dans un ministère pour avoir une info, le responsable vous dit qu’il doit avoir l’autorisation du directeur et le directeur vous demande d’attendre l’avis du ministre. C’est ainsi qu’on peut passer des semaines à attendre des réponses à des questions pourtant simples. Des réponses qui souvent même n’arrivent jamais. Surtout quand on a l’intention de publier ces infos dans la presse privée. Ici, un responsable du SECO m’a fait un mail pour me demander d’attendre en me « priant » d’être patient. C’est tout simplement génial pour un journaliste ! »
Pareil au Liban
Martine Salomon (ATS) constate une réaction similaire chez sa partenaire Nada Merhi du quotidien libanais L'Orient – Le Jour : « Nada s'est réjouie de la rapidité avec laquelle nous avons pu décrocher des rendez-vous avec les fonctionnaires, et a apprécié leur gentillesse lors des entretiens et visites. Il est vrai que tous nos interlocuteurs ont été particulièrement aimables et n'ont pas compté le temps qu'ils nous ont accordé. "Au Liban, quand il s'agit de visiter les douanes, il faut écrire une lettre à l'avance pour prendre l'autorisation des autorités concernées", explique-t-elle. »
Des paysans sympas
Delux Leang, journaliste cambodgien, lui, a fait une expérience similaire avec des paysans. Sur le plan de l’amabilité en tout cas: « Ils sont très sympas et parlent de manière franche. J’ai beaucoup apprécié de les rencontrer ». Lucien Jura, de la radio haïtienne Radio Signal FM, fait le même constat : « Ils m’ont toujours bien accueilli et s’intéressent à mon pays. En effet, dès que je leur dis que je suis haïtien, ils me posent toujours les mêmes questions à propos du tremblement de terre et me demandent où en est la reconstruction aujourd’hui. »
jeudi, mai 26 2011
Quelques ondes et beaucoup à manger
le jeudi, mai 26 2011, 12:27
Un passage sur les ondes de Radio Fribourg et la découverte de produits du terroir pour Lucien Jura (Radio Signal FM à Haïti). Une visite à la RTS et la rencontre de deux adolescents obèses pour Jean Hervé Rakotozanany (Radio Don Bosco à Madagascar).
Aujourd’hui, les ondes de Radio Fribourg ont transporté le témoignage de Lucien Jura qui a été invité pour parler de son pays, Haïti, et de sa reconstruction après le tremblement de terre survenu en 2010. De cette expérience, le journaliste retient surtout les moyens techniques dont la radio est équipée : « J’ai été frappé de voir par exemple que chaque journaliste avait son propre ordinateur. Chez nous, c’est beaucoup moins développé ». Il nuance : « Par contre, au niveau de la production et de la qualité de travail, c’est assez similaire ».
La découverte de la raclette
La radio, ça creuse. Et quoi de mieux qu’une raclette pour se requinquer ! C’est l’une des découvertes culinaires qu’a faite Lucien Jura aujourd’hui. Une expérience dont il se souviendra longtemps, dit-il en rigolant : « Chez moi, on a l’habitude de manger du fromage, mais pas du tout sous cette forme-là ». Côté douceur, il a apprécié le gâteau du Vully, une spécialité fribourgeoise : « J’ai aussi beaucoup aimé la tartelette vin cuit », ajoute-t-il.
Après la chocolat, la Radio romande
Après une visite à la chocolaterie Favarger à Versoix, Marc Giouse (RSR) a emmené Jean Hervé Rakotozanany de Radio Don Bosco (Madagascar) voir la RTS. C’est d’abord l’extérieur du bâtiment qui a marqué le journaliste « d’ailleurs » : « J’ai trouvé la grande tour originale », dit-il. A l’intérieur, c’est la perplexité : « Ce que j’ai trouvé bizarre est le fait que les rédactions de la télévision et de la radio soient réunies dans une même salle ». Contrairement à Lucien Jura, les moyens techniques de la radio ne l’ont pas étonnés : « Je suis habitué à des outils modernes, car Radio Don Bosco est bien équipée. Je n’ai pas remarqué de grandes différences sur ce point-là ».
Lorsque le journaliste devient interlocuteur
Durant l’après-midi, les deux journalistes se sont rendus à la clinique Beau-Séjour à Genève pour rencontrer une diététicienne et récolter les témoignages de deux adolescents souffrant d’obésités. Leur franchise n’a pas manqué de toucher Jean Hervé : « A Madagascar, c’est difficile de faire parler une personne avec un handicap, mais là c’était tout le contraire ». Hilare, le journaliste raconte comment, au fil de l’entretien, les rôles se sont inversés entre lui et ses interlocuteurs : « Les parents des adolescents ont commencé à me bombarder de questions sur mon pays et ma culture, c’était vraiment très drôle ».
Un quatrième jour marqué par la fatigue et l’histoire
le jeudi, mai 26 2011, 12:24
Pendant que certains journalistes « d’ailleurs » se remettent des effets du jet-lag, d’autres découvrent l’histoire de la Suisse et en tirent des conclusions sur sa situation géopolitique actuelle.
Lucien Jura (Radio Signal FM) est fatigué. Il ne s’est toujours pas remis des sept heures de décalages horaire qui séparent Haïti de la Suisse : « Je n’ai pratiquement pas dormi la nuit dernière, ni la nuit d’avant ». Il y a aussi le fait que le soleil se couche tard en Suisse : « Voir le jour jusqu’à 22 heures est perturbant pour moi car dans mon pays il fait noir à 18 heures ». Heureusement, il a pu profiter d’une sieste cet après-midi qui l’a remis d’aplomb pour sa visite de Berne et du Palais fédéral ce soir. Une visite dont il se réjouit, d’autant plus qu’il n’a jamais entendu parler de la capitale suisse : « Je pensais que le centre politique était soit Genève, soit Zurich. Ce sont surtout ces villes-là que nous connaissons à Haïti ». Son collègue de Madagascar Mamy Andriatiana (Syfia International) avec qui il a rendez-vous à Berne, lui, relève une architecture suisse bien préservée : « Je suis étonné de voir comment le pays a su garder des vieux bâtiments en si bon état ».
Le Jura, la Suisse et l’Europe
Le Malgache Mamy Andriatiana a passé sa journée dans le Jura avec son binôme Samuel Jaberg de Swissinfo pour rencontrer le cuisinier Georges Wenger. Cette visite a permis au journaliste malgache de comprendre davantage l’histoire de la Suisse : « J’ai appris que le Jura était l’un des derniers cantons à avoir rejoint la Suisse. Je ne savais pas que ce pays avait été constitué par l’union progressive des différents cantons. Je constate que ceux-ci tiennent à conserver leur identité et une certaine indépendance. On peut le voir par exemple avec le Jura et ses propres spécificités telles que l’élevage d’animaux et l’industrie horlogère ». Il conclut : « Avant, je trouvais incompréhensible que la Suisse ne veuille pas faire partie de l’Union Européenne. Je comprends maintenant que cette volonté est en lien avec son histoire ».
« Les journées sont trop longues à Genève »
le jeudi, mai 26 2011, 12:22
Comme certains de ses confrères journalistes « d’ailleurs », Mohamadou Houmfa du journal camerounais Emergence est habitué à ce que le soleil se couche en début de soirée. Avec les dernières lueurs du jour colorant le ciel jusqu’à 22 heure, la journée suisse lui paraît interminable.
« Au Cameroun en général, les journées se couchent vers 18 h. Ici, je suis perturbé par la longueur des journées. Jusqu'à 22h, il y a encore des traces de soleil dans le ciel. C’est tout simplement inimaginable au Cameroun. La conséquence de ces journées kilométriques, c’est que j’ai toujours tendance à sortir de ma chambre d’hôtel pour me pavaner au rez-de-chaussée ou dehors. Car en réalité, au Cameroun, j’ai l’habitude de me coucher tard mais, dès que le soleil se couche, je rentre dans ma chambre et commence à lire ou à regarder la télévision. Jusqu'à ce que Morphée s’empare de moi. Or, ici, parce que je traine au bar de l’hôtel ou dehors, je ne me couche pas avant 1 heure du matin. » __ « Genève me vole une partie de mes journées »__
« Et comme cela ne peut rester sans conséquence sur mon réveil matinal, je traine au lit le matin. En fait, j’ai l’impression que Genève me vole une partie de mes journées. Heureusement, bien avant de rentrer à l’hôtel, mon partenaire Gustavo Kuhn (Tribune de Genève) et même Carole Vann (Infosud) comme ce mardi m’invitent à me détendre autour d’un verre ou d’un repas. Cela égaie quelque peu mes journées. »
mercredi, mai 25 2011
Entre gaspillage et recyclage
le mercredi, mai 25 2011, 15:01
Les supermarchés suisses jettent 252'000 tonnes d’aliments chaque année. Ce constat établi par l’association Tables Suisses n’a pas manqué de choquer Mamy Andriatiana, journaliste malgache. Son confrère haïtien Lucien Jura, lui, a été emballé par le système de recyclage qu’il a découvert en jetant sa canette de bière en aluminium.
« Autant de nourriture jetée me choque », dit Mamy Andriatiana, journaliste à l’agence Syfia International. Il a cependant été agréablement surpris de voir les employés des supermarchés tenir compte des dates de péremption : « En Afrique, on s’en fout si un aliment est passé de date ». Il ne manque pas de saluer le travail de l’association Tables Suisses : « Sur les 10% des aliments encore consommables, l’association en redistribue 2% aux centres d’accueil. C’est une chaîne qui fonctionne vraiment très bien. J’ai été intéressé de voir que les individus font leur travail correctement et sont dignes de confiance ». Il ajoute : « J’ai d’ailleurs été étonné de voir qu’il existe des gens démunis en Suisse ».
L’épisode de la canette de bière
Lorsque Lucien Jura (Radio Signal FM) lance sa canette de Coca à la poubelle, sa collègue Delphine Bulliard (Radio Fribourg) la récupère pour la mettre dans la benne de recyclage d’aluminium. Une découverte pour le Haïtien : « L’élimination des déchets dans mon pays est une vraie problématique, il y a de graves problèmes environnementaux, dit-il. Dans la rue, il y a très peu de poubelles et les gens lancent leurs déchets directement sur le sol ».
Par ailleurs, l’apéritif auquel l’a convié Delphine à la rédaction de Radio Fribourg a aussi été une nouvelle expérience : « Lorsque nous buvons un verre à notre rédaction, c’est surtout pour fêter des anniversaires ou des occasions particulières. J’ai remarqué que l’apéro avait une portée symbolique et que ça avait l’effet d’emballer tout le monde », dit Lucien.
Des retrouvailles fribourgo-malgaches
Aujourd’hui, Radio Fribourg aura également profité de la visite de Jean Hervé Rakotozanany et de son binôme Marc Giouse de la RSR : « J’ai été visité mon ex-directeur José Ribeaud qui a fondé Radio Haja à Madagascar où j’ai travaillé », explique Jean Hervé, actuellement rédacteur en chef de Radio Don Bosco.
Malgré ces retrouvailles, la journée aura été moins concluante que prévu pour Marc Giouse et Jean Hervé Rakotozanany qui ont été victimes d’un malentendu avec leur interlocuteur : « On croyait avoir rendez-vous aujourd’hui à la chocolaterie Villars, mais c’était demain en fait. On s’est retrouvé… chocolat », rigole Marc.
Jean Hervé a fait une découverte tout de même dans les rues de Fribourg : la signification du signe « L » derrière les voitures et les motos : « J’ai d’abord cru que cette lettre signifiait « lentement » et qu’elle indiquait des véhicules devant circuler à vitesse réduite. Mais Marc m’a expliqué qu’il s’agissait de conducteurs apprenant. »
Nada et ses Birkenstocks
le mercredi, mai 25 2011, 14:47
Martine Salomon du journal Le Courrier fait part des premiers moments passés avec sa binôme Nada Merhi du Quotidien L’Orient - Le Jour.
Nada a apprécié ses premiers contacts avec les Suisses; moi qui entreprenais de vastes explications sur le tempérament plutôt réservé des Helvètes... Elle me répond qu'au détour de quelques conversations improvisées avec les habitants de Lausanne dans le bus ou au marché, elle a constaté que les gens semblaient communicatifs et ouverts à l'autre. »
Des règles trop strictes
Ses premières réflexions portent sur les règles: elle en souhaiterait parfois davantage dans son pays, sans pour autant adopter des cadres aussi "stricts" qu'en Europe ou en Suisse, car elle apprécie tout de même "un peu" de chaos, qui peut faire aussi le charme d'un pays : "Ici, les gens semblent très soucieux des normes", remarque Nada. "Sont-ils inquiets car les amendes sont élevées ?", s'interroge-t-elle. Elle est intriguée, par exemple, par mon comportement en voiture: ainsi sa collègue suisse respecte les règles de la conduite automobile, parque son véhicule soigneusement, s'arrête aux passages pour piétons et fait un commentaire acerbe sur un chauffard ("Tu vois, celui qui vient de filer sur notre droite n'as pas le droit de rouler là: c'est la voie du bus !").
Birkenstocks présentables?
A l'inverse, pour nos rendez-vous professionnels, Nada (qui soigne une entorse à la cheville) se sent obligée de renoncer à son attelle et aux "Birkenstocks" qu'elle doit porter avec. Là, c'est moi qui suis très étonnée: je ne vois pas en quoi cela est gênant, j'estime que son confort et sa santé priment, peu importe la position hiérarchique de notre interlocuteur. Elle découvre d'ailleurs que la première interlocutrice qui nous reçoit est habillée en tenue décontractée et porte des sandales. Elle apprécie sa façon d'être, sa simplicité et son amabilité.
lundi, mai 23 2011
En Suisse pour la première fois
le lundi, mai 23 2011, 18:05
Ils viennent du Cameroun, du Cambodge, d'Haïti, du Liban et de Madagascar et, pour la plupart, c'est leur premier voyage en Suisse.
La première édition d'En Quête d'Ailleurs est lancée. Après moins de 24 heures passées sur sol helvétique, les six journalistes « d’ailleurs » livrent leurs premières impressions et expliquent leurs motivations à participer à ce projet.
« Au Cameroun, on connaît bien la Suisse, car notre président Paul Biya se rend souvent à Genève où il prend ses quartiers à l’Hôtel Intercontinental », explique Mohamadou Houmfa du journal camerounais Emergence. Lors de sa première balade dans les rues suisses, ce qui l’a surpris est de voir autant de femmes fumer des cigarettes : « Ca m’a fait bizarre, parce qu’au Cameroun ce sont surtout les prostituées qui fument ». Le journaliste cambodgien Delux Leang du Quotidien Khmer a aussi été surpris par le nombre de fumeuses : « Chez nous, les femmes ont plus l’habitude de mâcher le tabac que de le fumer. »
Bus vides et ponctualité
Quant à Mamy Andriatiana de l’agence de presse Syfia International à Madagascar, ce sont les services publics qui l’ont le plus impressionné : « J’ai été choqué en bien de voir que les bus circulent jusque tard le soir alors qu’ils ne transportent que trois ou quatre passagers ». Une chose qui se ferait de plus en plus rare dans son pays : « Les services publics sont de plus en plus gérés par des compagnies privées. Des lignes de train entières ont été supprimées par manque de rentabilité, ce qui pose de gros problèmes pour les habitants des campagnes, notamment les paysans qui doivent transporter leurs fruits et légumes en ville pour les vendre dans les marchés en ville ».
Son confère malgache Jean-Hervé Rakotozanany rédacteur en chef de Radio Don Bosco, lui, relève la fameuse ponctualité suisse : « C’est autre chose que l’heure à la malgache, rigole-t-il. Chez nous, il faut compter un minimum de 30 minutes de retard, alors qu’ici tout est programmé de manière précise », ajoute-il en faisant allusion au programme de la matinée et à la suite d’interventions très minutée.
Un accueil, deux avis
Une autre différence que Jean-Hervé Rakotozanany a remarquée avec son pays est le sens de l’accueil, moins spontané en Suisse selon lui : « A Madagascar, on essaie le plus possible de côtoyer l’étranger et d’aller vers lui. Je n’ai pas ressenti cet accueil-là hier en me baladant dans les rues de Lausanne ». A l’inverse, le Camerounais Mohamadou Houmfa s’attendait à des gens plus froids individualistes : « Je suis surpris par la chaleur humaine que j’ai ressentie jusqu’à présent. On pense que les Suisses et les Européens sont centrés sur eux-mêmes mais ce n’est pas ce que j’ai pu constater ». Lucien Jura, de Radio Signal à Haïti appuie : « Si je devais résumer la Suisse en trois mots ce serait affable, propre et belle ».
Motivations diverses
Les motivations à participer à l’opération En Quête d’Ailleurs sont diverses parmi les participants. Pour certains, c’est la découverte d’un nouveau pays qui les ont poussés à y prendre part. C’est le cas de Nada Merhi journaliste au quotidien libanais L’Orient - Le Jour : « C’était vraiment l’opportunité de faire quelque chose de nouveau qui m’a donné envie ». Pour d’autres, comme Lucien Jura, c’est davantage la thématique du projet (« SOS Alimentation mondiale ») qui a été décisive : « Je me suis donc senti très concerné par cette problématique, car Haïti est l’un des pays qui y est le plus confrontés actuellement ». Pour Delux Leang, c’est surtout le fait de participer à un travail collectif qui le motive : « C’est très enrichissant d’un point de vue professionnel, car on n’a très peu l’occasion de collaborer à deux sur un même projet ».
Seule ombre au tableau durant cette première matinée, l’absence de la journaliste congolaise Régine Kasongo de la Radio Communautaire de Katanga dont le visa n’a pu être obtenu à temps. « Ce n’est que partie remise plus tard dans l’année », a relativisé son binôme suisse Olivier Kohler de la TSR.
lundi, juin 7 2010
Un apéro pour se dire au revoir
le lundi, juin 7 2010, 21:23
Le séjour des huit journalistes africains en Suisse est terminé. La plupart d’entre eux sont partis de Genève samedi, à l’exception d’Olga, qui pourra rester jusqu’à mercredi chez son correspondant. Vendredi, un apéritif suivi d’un repas ont donc été organisés dans le caveau de l’Hôtel de Ville de Lausanne pour marquer la fin de cette semaine de reportage. Le rendez-vous a été l’occasion pour tous les participants de se rencontrer et de faire le bilan de la semaine. La plupart des journalistes suisses ont constaté que la semaine s’était écoulée très vite et que le temps avait été très limité pour travailler et faire un peu visiter la Suisse à leurs correspondants. De manière générale, tout le monde semble avoir apprécié le début de cette expérience (il reste le reportage en Afrique à faire cet été) et une certaine complicité semble s’être construite au sein des tandems, mais également entre les différents duos, dont certains se sont rencontrés durant la semaine. Les journalistes africains ont tous été ravis de la disponibilité de leurs interlocuteurs et leurs reportages en Suisse semblent avoir bien avancé. A l’issue du repas, ils sont revenus sur leur dernière journée de travail et, plus généralement, leur séjour en Suisse :
La journaliste burundaise Elyse Ngabire a été très touchée par l’accueil qu’on lui a réservé à Radio Fribourg : «Ils ont mis à ma disposition un véhicule et une journaliste», raconte-t-elle. «J’étais un peu comme chez moi.» Enthousiasmée par l’équipe de la radio, Elyse a même adopté un employé : « J’ai adopté un animateur ! Mike est mon fils », s’amuse la journaliste d’IWACU. Elle a, en tous les cas, particulièrement apprécié le travail de sa correspondante, Dominique Meylan, qui « a tout fait pour que tous les contacts pour notre sujet soient faits à l’avance ». Elyse se réjouit d’ores et déjà d’accueillir la journaliste de Radio Fribourg au Burundi en août prochain : « Elle sera la bienvenue !»
« On dit toujours que la Suisse est un pays jumeau du Burundi », explique Elyse. «En travaillant sur le terrain, j’ai en effet pu constater que c’était le cas. »
En reportage sur la problématique des énergies en compagnie de Pierre-François Besson de swissinfo.ch, Albert-Baudoin Twizeyimana de l’agence Syfia Grands Lacs gardera également un souvenir enthousiaste de la Suisse. « J’ai adoré ce pays », explique le journaliste rwandais. « Les gens ont été très généreux. Au point de vue professionnel, humain et social, on m’a tout offert. » Albert-Baudoin a été bien accueilli par la rédaction de swissinfo.ch : « L’équipe de swissinfo.ch, notamment la section francophone, a été très, très sympathique. Et puis avec Pierre-François, on a beaucoup partagé. » Bien entouré, il a pu mener à bien son enquête : « Pour notre reportage sur les énergies vertes, j’ai pu avoir accès à tout ce que je voulais. Nous avons pu visiter des installations énergétiques très intéressantes. On essaie de faire un papier là-dessus, car c’était très enrichissant. »
Romaine Zidwemba, en tandem avec Christophe Canut de la RSR, a bénéficié d’un programme plutôt chargé : « On a couru de rendez-vous en rendez-vous », explique la journaliste de la Radio Nationale du Burkina Faso. « C’était une semaine très enrichissante, mais j’avoue que c’était un peu fatigant. On avait beaucoup de travail : rien qu’aujourd’hui, nous avons eu cinq rendez-vous ! » Et puis, affronter la topographie lausannoise n’a pas été de tout repos pour Romaine : « Ca m’a mis les pieds en compote ! J’étais tellement épuisée que Christophe a même dû porter mon sac ! » Toutefois, les trajets incessants lui auront permis de découvrir le pays, puisque le tandem s’est même rendu en Thurgovie : « Pour moi, c’était vraiment un paysage de carte postale. Le réseau routier m’a particulièrement impressionnée, je ne sais pas comment on peut faire ça… » Son enquête sur les déchets urbains lui a permis de constater les différences Nord-Sud : « C’était intéressant de voir que pour beaucoup ici, la solution réside dans le recyclage, mais pour moi, ce n’est pas évident », explique-t-elle. « Le problème sont les inégalités Nord-Sud. On ne peut pas demander aux pays du Sud de faire des efforts, alors qu’on en a à peine les moyens. Ici on consomme plus, donc c’est normal de faire attention à cette problématique. » Romaine rentrera à Ouagadougou avec quelques idées dans ses bagages : « Ce reportage m’a donné des idées pour récupérer les déchets électroménagers. Je pense qu’une fois rentrée, je vais essayer de maintenir certains contacts pour continuer à développer ça. »
Omar Diouf, le journaliste du Soleil à Dakar, a pu se rendre en Valais, en compagnie de Christophe Buchi de la NZZ. Omar a ainsi pu rendre visite à une amie et profiter du paysage, encore une fois de « carte postale » : « Je me suis rendu chez une amie de ma grande sœur qui est enseignante de littérature africaine. Ce qui m’a frappé, c’est que c’était la Suisse comme sur les cartes postales : les vaches, les montagnes, les trains, etc. Je pouvais enfin voir ça ! » Le décalage horaire a été difficile à supporter pour Omar : « Ici le soleil ne se couche pas avant 21h-22h, tandis qu’à Dakar, il ne se couche pas après 19h. Ca m’a vraiment frappé, ça m’a travaillé…Tous les collègues africains m’en ont également parlé. »
Olga Kokode, de Golfe Télévision au Bénin, a pu terminer son reportage sur la multi-pluriculturalité au Lignon, à Genève, aux côtés d'Yves Magat de la TSR: « Aujourd’hui j’ai pu faire un montage tv avec un logiciel que je ne connaissais pas encore. J’ai été aidée par une monteuse et son contact m’a beaucoup apporté. Je me suis enrichie du regard qu’elle portait sur mon travail… C’était très bien. » Olga tire également des parallèles intéressants entre l’Afrique et la situation sociale du quartier du Lignon : « Toutes ces personnes qui réfléchissent au vivre ensemble, tout l’aspect communautaire, cela m’a rappelé l’Afrique. Je suis persuadée que les gens du Lignon peuvent devenir une grande famille un jour. »
jeudi, juin 3 2010
Courtoisie et décontraction
le jeudi, juin 3 2010, 20:34
Pour leur avant-dernier jour de reportage en Suisse, les journalistes africains sont plongés dans la réalisation de leurs sujets. De rencontre en interview, c’est la disponibilité et l’ouverture des Suisses qui semblent marquer les esprits. Petit tour d’horizon…
En visite à Berne pour une interview, la journée d’Ibrahim Alassane, de la radio CIRTEF au Niger, a été marquée par un petit tour au Palais fédéral. C’était l’occasion pour lui de croiser une pléthore de personnalités de la Coupole, qui, apparemment, traversent les continents par le biais du journal de Darius Rochebin sur la TSR via ses diffusions sur TV5. Sa correspondante Leila Fernandez, journaliste à l’ATS, nous rapporte, en images et en mots, les faits marquants de cette journée :
«Une journée riche en événements aujourd’hui et des plus enrichissantes pour les journalistes « en quête de découvertes » que nous sommes. Au programme : la visite de Berne, la capitale fédérale. Nous avons tout d’abord rendez-vous au Palais fédéral avec le municipal des travaux de la ville de Lausanne, Olivier Français, qui est également conseiller national du parti libéral-radical, ainsi qu’avec le chef du projet « Métamorphose » de la municipalité vaudoise, l'urbaniste Jean-Luc Kolb. Ibrahim est d’emblée surpris de notre entrée au Palais, relativement aisée après un seul contrôle de sécurité. "Le contrôle s’effectue à l’intérieur même de l’édifice!", s'exclame-t-il, stupéfait. "Au Niger, c'est impensable, les premières fouilles ont déjà lieu 150 mètres avant le bâtiment du gouvernement".
En attendant M.Français à la réception, le conseiller fédéral Didier Burkhalter passe tranquillement devant nous en compagnie d’un huissier pour gagner la place fédérale. Là encore, le journaliste nigérien n’en revient pas : « Il n’est pas entouré de gardes du corps? C’est tout simplement incroyable! ».
Notre entretien se déroule dans la cafétéria du Palais et M. Français est obligé de nous quitter à plusieurs reprises, lorsque retentit la sonnerie indiquant aux parlementaires qu'il est temps de voter. Une spécificité suisse qui fait sourire Ibrahim : " Quel sport » ! , plaisante-t-il. Un peu plus tard, le parlementaire propose de nous faire visiter le Palais jusque dans ses recoins les plus secrets. Quelle aubaine, nous n’en demandions pas tant! Ainsi, nous accédons notamment à la salle où siège la commission des finances, récemment rénovée dans un style design et dont les immenses lustres sont un ravissement pour les yeux. Au détour d’un couloir, nous croisons soudain l’ancien conseiller fédéral UDC Christoph Blocher. « Mais que fait-il là ? » demande Ibrahim. Le présentateur du TJ de « Télé Sahel » est très au fait de la politique fédérale qu’il suit assidûment au 19 :30 de la TSR, retransmis sur TV5 Monde. Et son idole n’est autre que le présentateur Darius Rochebin, qu’il espère bien rencontrer un jour!
Notre journée à Berne, se poursuit avec la visite de la ville et des locaux de l’ATS, puis nous reprenons le train de retour. En gare de Lausanne, exactement au même endroit où hier nous avions croisé l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin, un élégant africain entouré de journalistes apparaît tout à coup à nos côtés. « C’est Abdou Diouf ! Le président de la francophonie et ancien président du Sénégal !» me crie Ibrahim. Nous suivons le cortège pour tenter de lui parler. Trop tard, il s’engouffre très vite dans une voiture. Nous éclatons de rire, il faut dire que la coïncidence a de quoi surprendre ! »
Le journaliste du quotidien camerounais Le Messager, Souley Onohiolo, a pu connaître en profondeur la ville de Neuchâtel. En tandem avec Delphine Willemin de L’Express/L’Impartial, il a pu apprécier les qualités humaines de la population neuchâteloise : « Ils m’ont marqué au niveau de leur accueil », explique-t-il. « Les gens sont polis,accueillants, souriants, piles à l’heure, très disponibles pour les journalistes… ». Aucun relent de racisme ne vient entacher le bilan de Souley : «Moi qui suis africain, je pensais que certaines personnes se demanderaient : « Que vient faire ce singe par ici ? » Mais, en fait, il n’y a aucun élan xénophobe, tout le monde est sympa avec moi. Les gens sont mordus par le venin de l’humanisme ! » La visite de l’Hôtel de police de Neuchâtel a particulièrement marqué Souley : « Le porte-parole de la police a été très courtois, il nous a fait faire le tour du propriétaire, on a pu tout visiter, y compris la cellule d’alarme, très sophistiquée, qui m’a fortement marqué. » Le journaliste camerounais relève qu’une telle visite est quasi impossible dans son pays : « Pouvoir visiter un Hôtel de police est très rare en Afrique. » A l’issue de sa visite, Souley a reçu un porte-clé de la police neuchâteloise ; une attention qui l’a manifestement touché, « c’était un cadeau, un symbole .»
Souley a également été impressionné par une vision, une scène de gloutonnerie qui signifiait plus à ces yeux. A l’occasion d’un verre dans une brasserie en compagnie de Delphine et de quelques-unes de ses connaissances, le journaliste a pu en effet assister à un spectacle qui, à coup sûr, laissera des traces. « Une dame s’est assise à une table près de nous et elle a commandé à manger. », explique-t-il. « Elle avait l’air très libre, très indépendante. Arrive son plat et là, j’ai été impressionné. Il y avait de tout dans son assiette : des légumes, des féculents, de la viande bœuf et enfin, un hamburger d’1 à 2 kilos. C’était incroyable ! Elle s’est ensuite mise à manger gloutonnement dans l’indifférence générale, avec un je-m’en-foutisme qui ne dirait même pas son nom. Parfois, elle partait en éclats de rire et des miettes sortaient de sa bouche…Après avoir tout avalé, elle a ensuite commandé verre de bière sur verre de bière ! Je l’ai surnommée « la bouffeuse des Brasseurs » ! » Mais ce n’est pas au niveau des performances physiques de la femme en question que Souley a été marqué : « J’étais émerveillé, non pas négativement, mais c’était la première fois que je voyais une femme manger avec autant d’appétit. Elle était vraiment libérée. Chez nous, les femmes sont beaucoup plus timides, elles se cachent. J’étais vraiment impressionné ! »
De son côté, Elyse Ngabire s’est rendue à l’église. En effet, en tandem à Fribourg avec Dominique Meylan de Radio Fribourg, la journaliste burundaise de IWACU a pu profiter de la Fête-Dieu, une célébration catholique qui donne lieu à un jour férié dans le canton. Elyse a pu assister à une messe et a particulièrement été étonnée des similitudes entre la pratique du culte au Burundi et la pratique fribourgeoise : « « J’ai été impressionnée de voir que les messes étaient célébrées de la même manière ici. » A l’occasion d’une promenade aux abords du lac de Neuchâtel, Elyse et Dominique ont rencontré par hasard le tandem Delphine Willemin-Souley Onohiolo, l’occasion de partager quelques impressions sur leurs reportages respectifs. « On a parlé de l’état d’avancement de nos sujets », explique Elyse. « On a tous trouvé qu’ils avançaient bien. » Un constat auquel la journaliste ne semblait, a priori, pas trop aboutir : « C’est une surprise pour moi. »
Toujours en reportage dans le quartier du Lignon à Genève avec Yves Magat de la TSR, Olga Kokode de Golfe Télévision au Bénin, a été, elle, très impressionnée par la témérité de ses collègues suisses : « Nous étions en train de filmer au trentième étage de la tour 2 du Lignon. Yves et Claude, son caméraman, sont monté sur une machine en hauteur pour mieux filmer le quartier ! Bravo à eux et, comme disent les rastas, Big Respect ! »

Lors d'une promenade dans le vieux Lausanne, Olga a suivi pendant un temps le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et s'est laissée aller à quelques réflexions sur les lieux:"J'ai de très bonnes impressions de la Suisse", raconte Olga, qui a été marquée par les bâtiments imposants. "Je reste convaincue d'une chose: si, il y a des millénaires, des gens ont pu malgré leur peu de moyens construire des monument comme la Cathédrale de Lausanne ou le Lignon, alors c'est vrai que les barrières ne doivent pas nous arrêter, nous devons les considérer comme des opportunités pour aller de l'avant! Tout ça me donne encore plus envie de battre pour le mieux-être, que dis-je , le bien-être sur mon continent, l'Afrique!"
Albert-Baudoin Twizeyimana, de Golfe Télévision au Bénin, a quant à lui été marqué par le professionnalisme helvétique, tant dans le cadre de son reportage que dans ses arrêts culinaires. Son correspondant Pierre-François Besson, de swissinfo.ch, raconte ces rencontres avec des "professionnels":
"En Suisse, on a parfois tendance à déplorer la disparition de ce soin très national à faire les choses. Ce qu’Albert-Baudoin nomme «professionnalisme», et qu’il a rencontré à plusieurs reprises lors de ses rendez-vous avec les spécialistes et autres amateurs éclairés rencontrés cette semaine autour des questions énergétiques. Et jusqu’au bar à fallafel... Dans une rue de Neuchâtel, Albert-Baudoin s’est vu proposer un sandwich au poulet emballé devant lui avec le même soin que les Japonais mettent à l’origami. La vitesse en plus. «C’est incroyable, tout est professionnel ici!, a jugé notre journaliste rwandais. Chez moi, ce n’est pas ça...»
Alors que je lui faisais remarquer qu’en matière sportive – avec la défaite de Federer et de l’équipe suisse de foot – ce n’est pas vraiment ça non plus, Albert-Baudoin a souri, en bon connaisseur des aléas du sport. La réalité a encore cherché à le détromper jeudi soir dans un bar à tapas, où la mémoire du serveur, au «professionnalisme» naturel un peu trop affiché, n’a pas tenu face à la longue liste de notre commande. Penaud, le tablier blanc est revenu se faire préciser nos desideratas. «Il est humain», a été la réaction d’Albert-Baudoin, soulignée d’un sourire complice."
mercredi, juin 2 2010
"Moi aussi, je brûle d'envie de vivre en Suisse"
le mercredi, juin 2 2010, 21:56
48h après le début de leur enquête, les journalistes africains découvrent la Suisse au-delà des clichés exportés, sur le terrain…Ils semblent de plus en plus intrigués par certains comportements, phénomènes ou encore façons de voir…Histoires de points de vue…
Depuis son arrivée en Suisse, à Genève, Albert-Baudoin Twizeyimana, journaliste pour l’agence de presse rwandaise Syfia Grands Lacs, s’étonne de l’attitude de la population: « J’ai eu beaucoup de mal à comprendre l'humilité des Suisses. Tout au long du voyage vers Lausanne, j’ai pu constater que la grandeur des Suisses réside dans leur simplicité. Les voitures minuscules de deux places, les modèles qui consomment moins et polluent moins pour des raisons écologiques, le tout à côté de bâtiments imposants du vieux style qui ne lassent pas de surprendre un nouvel hôte, encore plus un citoyen des Grands Lacs africains… ». En tandem avec Pierre-François Besson de swissinfo.ch, Albert-Baudoin admire notamment la conscience environnementale des Suisses, mais est encore plus surpris par leur confiance et leur honnêté : « Les denrées alimentaires, les journaux, etc. : il n’y a besoin de personne pour les vendre. C'est du vrai self-service. Un client prend tout ce qu'il veut et laisse l'argent dans une machine. Quelle confiance ! » Le journaliste rwandais semble particulièrement inspiré par la fierté de certains Helvètes : « Monsieur Martin, comme bon nombre de Suisses, hisse le drapeau national dans sa parcelle. On dirait pourtant un immeuble administratif. Mais c’est simplement la fierté d'être suisse…Moi aussi, je brûle d'envie de vivre en Suisse. Mais je ne peux pas supporter son climat… Non, en fait, je veux que mon pays soit comme la Suisse qui inspire la fierté d'y vivre. »
Fernand Nouwligbêto, journaliste de l’agence de presse béninoise Perma Groupe, a, quant à lui, été extrêmement choqué par l’ampleur du nombre de suicides en Suisse : « Le suicide 'tue' plus de gens que la route. Chaque jour, 4 personnes attentent à leur vie. Imaginez mon bouleversement, mon émotion, moi, Africain, venu des chauds tropiques et foulant le sol suisse !... » Fernand a également été étonné de la façon dont on évite d’en parler dan sles médias : « Ma surprise a été d'autant plus grande de constater que ce fléau est un sujet tabou et que même les médias n'en parlent presque pas. Auto-censure ? Il peut donc y avoir des sujets qui fâchent ou qui gênent, même en Suisse ? »
Fernand s’est enfin étonné de la disponibilité des interlocuteurs pour son reportage avec Michaël Rodriguez du Courrier. Il se questionne ici sur la diffusion de l’information en Suisse: "Extraordinaire ! Je constate avec surprise qu'aucune (presque ?) des personnes que nous avons contactées (par téléphone ou par simple courrier électronique) n'a jusque-là décliné notre demande d'entretien. Au contraire! Elles se rendent disponibles sur-le-champ, nous fixent des rendez-vous ou promettent de nous rappeler (ce qu'elles font effectivement !). Même les gens qu'on a inopinément approchés ont accepté de parler."
"Pour moi qui viens d'Afrique, ce n’est pas habituel. En principe -et à défaut de rejeter notre demande -, ces personnes devraient exiger qu'on leur adresse des demandes écrites d'entretien, avec le projet de questionnaire en annexe. Si elles étaient intelligentes, elles devraient promettre de nous rappeler le plus tôt possible -c'est-à-dire 'jamais' en langage diplomatique-. Je suis convaincu qu'une opération 'En quête de Suisse', soutenue par l'Union africaine, serait la bienvenue : on enverrait en Afrique -surtout au Bénin, pays pilote de ce projet - un contingent de Suisses pour leur apprendre l'art de rétention de l'information!"
Le tandem Romaine Zidouemba-Christophe Canut a poursuivi aujourd’hui à Lausanne son enquête sur les déchets urbains. La journée a commencé par un petit test que Christophe a concocté pour sa correspondante : « J'avais donné rendez-vous à Romaine à l'arrêt Malley du M1, à 7 heures 30, histoire de tester son sens de l'orientation, et je n'ai pas pu la prendre en défaut, même si ça ne s'est pas fait sans péripéties ! » Romaine s'est en effet un peu perdue, «mais pas trop!», selon Christophe. Pour les besoins de leur enquête, le duo s’est rendu à Tridel, l'usine d'incinération du canton de Vaud. La visite ne semble pas avoir porté totalement ses fruits, comme l’explique le journaliste de la RSR : « On nous a assommés de chiffres et de statistiques plus contradictoires les uns que les autres et on a dû mal à s'y retrouver. Les acteurs du recyclage nous en vantent les mérites, mais il est impossible de savoir ce que coûte précisément un produit recyclé si l'on prend en compte l'ensemble de la filière, c'est-à-dire le tri, la collecte, le stockage, le transport, l'énergie utilisée pour la transformation, la gestion des résidus, etc. Alors si l'un de vous connaît ce chiffre, on est preneur...En tout cas, demain, on poursuit notre investigation, on se concentre sur le PET, ce qui nous conduira en Suisse allemande. Nous, on n’hésite pas à franchir la barrière du Rösti. Qu'on se le dise ! »
La gestion des déchets est également au cœur de l’enquête du tandem Elyse Ngabire-Dominique Meylan. La visite de la décharge bio-active de Châtillon a surpris Elyse. « Elle a été très étonnée de voir qu’on faisait pousser des légumes sur une partie de l’ancienne décharge », explique Dominique. « A priori, on a l’impression que c’est pollué. » Mais c’est lorsqu’elles se sont rendues à un point de collecte de déchets dans un quartier de Fribourg que la journaliste burundaise a été le plus surprise, comme le rapporte Dominique : « Elle a été vraiment étonnée de voir les gens amener d’eux-mêmes leurs déchets.» Une scène en particulier a marqué Elyse : « Une femme se plaignait fortement auprès d’un cantonnier, car il n’y avait plus de place pour mettre son alu. Pour Elyse, c’était surprenant, puisque, dans son pays, le Burundi, le système de tri des déchets est inexistant. Elle a été vraiment étonnée de la responsabilité des gens par rapport au tri de leurs déchets. »
Si la gestion des déchets en Suisse peut surprendre positivement les journalistes africains, en revanche, la mendicité est un phénomène qui ne semblait pas être possible dans nos contrées et que, pourtant, il faut se résoudre à déplorer, comme a pu le constater ce matin Ibrahim Alassane, le journaliste nigérien. Alors qu’il marchait dans une rue de Lausanne, il a aperçu une femme en train de mendier : « Au début, j’ai cru que c’était une droguée. Je ne pouvais pas croire autre chose. Et puis, plus loi, j’ai vu une autre femme qui me demande une pièce pour manger. C’était une véritable surprise pour moi, j’étais loin de penser qu’il pouvait y avoir des mendiants ici. » Ibrahim en a été tellement bouleversé qu’il compte bien en parler à ses connaissances dès son retour : « J’en parlerai à mon voisin, il ne pourra pas y croire ! » Pour Ibrahim, cette situation semble quasiment inexplicable un pays tel que la Suisse : « Comment est-ce possible avec toutes les structures d’accueil qui existent en Suisse ? Comment expliquer cette mendicité ? C’est absolument incroyable ! »
mardi, juin 1 2010
24 heures après...
le mardi, juin 1 2010, 22:24
Similitudes, différences, enthousiasmes et étonnements: un jour après le début de l'opération En Quête d'Afrique, les premières réactions des journalistes africains tombent...
En visite à Fribourg pour son enquête sur la collecte des déchets, Elyse Ngabire, la journaliste politique d'IWACU au Burundi, a d'abord a surtout pu constater, lors d'un entretien avec un élu, que la langue de bois était universelle chez les politiques : discours consensuel devant le micro et propos contraires une fois l’interview terminée…«Une fois le micro éteint, elle a pu constater la différence de discours chez notre interlocuteur», explique Dominique Meylan, sa correspondante de Radio Fribourg. «Elle était surprise, parce que c’était exactement comme en Afrique.»
Les moyens de la Radio Suisse Romande n’auront en tout cas pas laissé de marbre Raïssa Zidouemba, journaliste politique pour la Radio Nationale du Burkina Faso. La visite guidée de la Maison de la Radio à La Sallaz par son collègue de la RSR, Christophe Canut, lui en a en effet mis plein les yeux : «J’ai été impressionnée non seulement par le nombre de chaînes (4), le nombre d'employés (environ 600), mais aussi par les moyens logistiques et financiers qui sont mis à disposition des "travailleurs". Ils ont vraiment tout ce qu'il faut pour faire correctement leur travail. Chez nous, c'est une tout autre histoire! Le manque de moyens freine considérablement les élans et annihile la volonté de bien travailler. » Du coup, la remarque de Christophe sur la taille des locaux l’a fait bondir : «Quand on est arrivé dans les locaux de la station Option Musique de la RSR, Christophe nous a dit que l'espace du studio était vraiment petit par rapport à ceux des autres chaînes de la RSR ! Je lui ai répondu qu’au Burkina, il n’avait pas intérêt à sortir une phrase comme celle-là! Chez nous, on n'est pas mieux loti, alors il est bon de relativiser.Ca a tellement marqué Christophe Canut qu'il l’a raconté à ses collègues du service! »
Olga Kokode, la journaliste pour le groupe de presse Golfe Télévision du Bénin, a aujourd’hui perfectionné ses connaissances en télévision aux côtés d’Yves Magat de la TSR. En reportage à Genève, le tandem s’est rendu au Lignon, un quartier excentré et populaire du canton. Olga a d’abord remarqué l’architecture imposante de l’immeuble principal :
« J’ai été émerveillée par ce long bâtiment d’un kilomètre de long, m’a-t-on dit. » La population qui occupe cet espace l’a impressionnée par sa densité : «Imaginer 10’000 personnes habitant dans un même lieu, c’est quelque chose.» En tournage dans une classe du quartier, Olga a été enfin impressionnée par le nombre de nationalités représentées : «J’ai visité l’école de Lignon : une classe de 17 élèves et de 15 nationalités différentes !»
Omar Diouf, le journaliste culturel pour le quotidien Le Soleil au Sénégal, s’est vu concocter un programme aux petits oignons par Christophe Buchi de la NZZ : rencontre avec un préfet du canton Fribourg, puis visite au Parlement fédéral à Berne. C’est surtout la rencontre avec Carl-Alex Ridoré, le préfet du district de la Sarine (FR), qui l’a marqué : «C’était très enrichissant », constate-t-il. «Bien qu’il soit né en Suisse et d’origine haïtienne, ses racines sont au Sénégal», explique Omar. «Il m’a notamment parlé de son voyage au Sénégal, dans le cadre du Festival du Film de Fribourg. Il a rencontré sa terre d’origine, la terre de ses ancêtres.» Omar se réjouit déjà de la suite : une rencontre est programmée demain avec Ricardo Lumengo, le conseiller national biennois, «un autre homme politique suisse d’origine africaine.»
Le journaliste camerounais du quotidien Le Messager, Souley Onohiolo, s’est, quant à lui, confronté à un type de mendicité tout à fait spécifique : la quête de cigarette. Après avoir terminé sa première journée de travail avec Delphine Willemin, de l’Express/Impartial, il se rend à son hôtel et tombe sur un mendiant surprenant : «Il y avait un monsieur bien habillé, qui me réclame une cigarette. Il devait avoir 40-45 ans. J'étais surpris qu'un homme de son âge me demande une cigarette. Je l'observais pour voir s'il était sérieux, si ce n'était pas une blague. Et je vois qu'il fouille dans sa poche et qu'il a trois paquets de cigarettes! Je le lui fais remarquer; il ouvre alors le premier paquet : il y a au moins trois cigarettes à l'intérieur! Je lui demande pourquoi il ne fume pas celles qu'il a déjà et il me rétorque: "Celles-ci, je les garde pour la nuit, mais, là, j'ai envie d'en fumer une. Donne-m’en une. " C'était très étonnant. J'ai le sentiment que, si je lui en avais donné une, il aurait continué à en demander! »
Ibrahim Alassane, journaliste de la télévision CIRTEF au Niger, a visité Lausanne avec Leila Fernandez de l'ATS. La présence de toxicomanes sur la place de la Riponne l'a fortement impressionné. Leila nous fait part de cet épisode:
"N’ayant pas de rendez-vous ce mardi, nous en profitons pour nous balader à travers Lausanne, l’occasion pour Ibrahim de découvrir la ville. Après avoir visité la cathédrale de Lausanne, dont l’imposante architecture gothique a fortement impressionné le journaliste de « Télé Sahel », nous passons par la place de la Riponne. J’explique alors à mon confrère nigérien que les personnes qui sont rassemblées près du kiosque Naville sont des toxicomanes et des marginaux qui passent leurs journées et leurs soirées sur cette place, devenue depuis quelques années leur zone de prédilection. « Ce n’est pas possible ! », s’exclame Ibrahim, visiblement choqué. « Comment ces personnes peuvent-elles rester là, exposées aux yeux de tous ? Et la police permet le trafic ?». Sa réaction me permet de mesurer combien cette réalité ne colle pas à l’image policée de la Suisse à l’étranger. Pourtant, pour nous autres Lausannois, il faut l’admettre, cette situation est à l’œil un mélange de désenchantement et de banalité. Et l’œil regarde ailleurs ou se voile. Ibrahim me raconte qu’au Niger, il est très rare de voir des drogués dans la rue: « Ils restent chez eux, ou se cachent, on en voit très peu ». Le regard porté sur les toxicomanes est très sévère là-bas. L’occasion pour nous d’aborder le thème de la tolérance face à la marginalité : Quelles sont les solutions pour aider ces gens ? Les chasser de l’espace public ? Les laisser se réunir, tout en les encadrant avec des équipes de psychologues, comme c’est le cas actuellement ? Créer des structures de sevrage ? En juillet 2007, un projet de local à injection a suscité la polémique dans la capitale vaudoise et a été rejeté par la population. Actuellement, la Municipalité lausannoise prévoit de mettre sur pied un bistrot social, afin de diminuer la présence des toxicomanes sur la Riponne. Ibrahim n’en croit pas ses oreilles."


